De l'émotion à la création

L’idée de créer ce qui se nomme aujourd’hui l’univers de pADoNint a pris forme dans mon esprit lors du visionnement d’un documentaire télévisé sur la signification des hiéroglyphes égyptiens. Deux spécialistes, présents sur le plateau de l'émission, s’obstinaient avec véhémence pour savoir lequel des deux détenait la bonne interprétation de ces caractères picturaux. Exaspéré par leurs explications brouillonnes et leur dispute chaotique, j’empoignai un carnet et un crayon, et j’écrivis en grosses lettres, sur la première page, le mot langage, avec un point bien marqué à la fin. Je venais de décider, pour mon simple amusement, de créer mon propre système d’écriture. Tandis que je cherchais dans mes pensées des idées pour poursuivre ma démarche, je faisais inconsciemment tourner la mine de mon stylo en boucle sur le point final du mot langage. Après plusieurs secondes infructueuses à chercher l’inspiration, le bruit de la feuille de papier se déchirant sous la mine de mon stylo me fit sortir de mes pensées. Le petit point que j’avais inscrit s’était transformé en un grand cercle parfaitement rond, saturé de filaments d’encre noire entrelacés. C’est à partir de ce rond — un point amplifié — que furent posées, au printemps 2006, les premières briques du concept qui allait donner naissance à pADoNint, mon propre système d’écriture, ainsi qu’au monde imaginaire qu’il fit naître.

Le système d'écriture pADoNint: La définition

Point amplifié et dupliqué vingt-cinq fois, aucunement altérés par l’ajout de formes et de dessins, seules des parties de chacun des points ont été supprimées différemment avec cohérence, pour réaliser ce qui constitue l’essence même de l’univers de pADoNint.

Quand l’omission crée la vie

Cet oubli constant du symbole de ponctuation dans les échanges par texto entre individus à travers le monde eut pour effet de produire une sorte d’énergie mystérieuse, totalement inconnue.

Cette énergie étrange, accumulée au fil des années, provoqua chez le symbole une métamorphose profonde et remarquable.

Le point, autrefois objet inerte, acquit, grâce à l’absorption de cette énergie, la faculté de se déplacer à travers les textes et de communiquer d’une manière particulière par l’écriture.

Un choix prédestiné

Au moment où ce point, choisi parmi tant d'autres, fut frappé par cette étrange énergie, il se situait à un endroit dans un texte où il précédait le début de la phrase suivante : Passe une belle journée, mon petit rebelle.

Une phrase écrite à son fils par Margot Mouchette une femme nouvellement initiée au monde de l’informatique. Pourquoi ce point a-t-il été choisi à cette endroit précis, mystère et boule de gomme.

La première manifestation

Tout a commencé par un simple oubli.
Margot Mouchette, une mère nouvellement adepte des textos, venait de souhaiter une belle journée à son fils. Elle tapa les mots : « Passe une belle journée, mon petit rebelle » et appuya sur "Envoyer"… sans ajouter de point final.

C’est à cet instant que l’impossible se produisit.

L’écran de son portable vacilla un bref moment, puis un personnage étrange apparut en pleine page. Entièrement noir, dessiné d’un trait simple et stylisé, il semblait surgir d’un univers régi par une logique visuelle unique. Son corps était formé d’un large point noir cerclé de blanc — un point amplifié, véritable cœur visuel et conceptuel de sa structure. Deux yeux ronds flottaient au-dessus, fixant l’utilisateur avec un air à la fois ahuri et comique. Ses bras et jambes, allongés et articulés par des points, se terminaient par des formes ovoïdes noires : des points scindés en deux, posés au sol comme une extension naturelle de son identité graphique.

Une bulle surgit au-dessus de lui, contenant ces mots : Merci de m’avoir permis de prendre vie en omettant d’indiquer ton point à la fin de ta dernière phrase. Grâce à toi — et à tes semblables — qui, pendant des années, avez oublié de nous utiliser dans vos textos, je serai, à partir d’aujourd’hui, bien plus qu’un simple symbole servant à indiquer la fin d’une phrase. Les paramètres de ton portable m’indiquent que tu te nommes Margot Mouchette. Merci, Margot Mouchette. Je vois aussi, sur le disque dur de ce même portable, que ton cousin Marc t’a partagé un texte — une nouvelle intitulée Une tragique escapade — qu’il a écrite à partir d’une expérience qu’il a vécue plus jeune. Pour te montrer ma gratitude je vais faire en sorte que sa voix soit entendu partout à travers le monde.

Encore merci! Et passe une excellente journée.

Un autre phrase apparut à la suite de celui inscrit dans la bulle.

P.-S. : Je vous prie de rester calme face aux événements qui vont suivre. »

Puis le personnage et sa bulle disparut.

Mais à l’écran, tout avait changé. Les lettres de la conversation entre Margot et son fils s’étaient transformées en symboles sphériques incompréhensibles. Des sphères, parfois fragmentées — plus aucune trace d’alphabet.

Affolée, Margot débrancha son portable. Elle pensa être victime d’un virus, une attaque genre Bactério-formatique, une malédiction… quelque chose d’invisible, de trop grand pour être compris.

Mais ce n’était que le début.

Sous ses yeux, les mots imprimés dans son appartement commencèrent eux aussi à se transformer. Les jaquettes de ses livres, les étiquettes sur ses électroménagers, même les recettes aimantées sur le frigo, même les sous-titres de la télévision, … tout ce qui contenait des lettres fut altéré.

Plus un mot, plus une lettre. Seulement ces symboles inconnus, comme si un nouveau langage venait de recouvrir l’ancien.

Margot, vêtue d’une jaquette de flanelle rose bonbon et bigoudis serrés sur la tête, s’enfuit à l’extérieur sans même prendre le temps d’éteindre sa cigarette qui se consumait dans un cendrier remplis de vieux mégots .

Pieds nus dans la neige, elle cria à tue-tête:

— À l’aide ! Aidez-moi ! Il se passe quelque chose !

Mais elle n’était pas seule.

À cet instant précis, partout sur la planète — à Times Square, à Londres, à Paris et à Hong Kong — le même phénomène se produisit. Les mots disparurent, les lettres furent remplacées. L’humanité, confrontée soudainement à son propre analphabétisme, sombra brièvement dans le chaos.

Puis, sans explication, les symboles se dissipèrent. Les textes retrouvèrent leur forme originale. Comme si rien ne s’était passé… ou presque.

Car quelque chose, désormais, était en mouvement.

Cette entité, née de l’omission constante d’un minuscule point, existe encore. Elle se déplace librement à travers les textes. Elle observe, apprend, note — elle déchiffre l’humanité lettre par lettre, à sa manière.

Son nom: pADoNint.