Du symbole à la naissance d’un imaginaire

« Le processus menant à la métamorphose de ce petit symbole s’imposait comme une évidence.. Destiné depuis des siècles à indiquer la fin d'une phrase, c’était comme s’il recelait depuis tout ce temps un monde de possibilités qui n’attendait rien de moins que le bon moment pour se révéler — donnant naissance à un système d’écriture… et à un univers où le point prend vie. »
Alain Donaldson

Plongée dans l’univers pADoNint

Quand l’omission crée la vie

Cet oubli constant du symbole de ponctuation dans les échanges par texto entre individus à travers le monde eut pour effet de produire une sorte d’énergie mystérieuse, totalement inconnue.

Cette énergie étrange, accumulée au fil des années, provoqua chez le symbole une métamorphose profonde et remarquable.

Le point, autrefois objet inerte, acquit, grâce à l’absorption de cette énergie, la faculté de se déplacer à travers les textes et de communiquer d’une manière particulière par l’écriture.

Un choix prédestiné

Au moment où ce point, choisi parmi tant d'autres, fut frappé par cette étrange énergie, il se situait à un endroit dans un texte où il précédait le début de la phrase suivante : Passe une belle journée, mon petit rebelle.

Une phrase écrite à son fils par Margot Mouchette une femme nouvellement initiée au monde de l’informatique. Pourquoi ce point a-t-il été choisi à cette endroit précis, mystère et boule de gomme.
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La première manifestation

Tout a commencé par un simple oubli.
Margot Mouchette, une mère nouvellement adepte des textos, venait de souhaiter une belle journée à son fils. Elle tapa sur le clavier de son portable les mots : « Passe une belle journée, mon petit rebelle » et appuya sur "Envoyer"… sans ajouter de point final.

C’est à cet instant que l’impossible se produisit.

L'image à l'’écran de son portable vacilla un bref moment, puis un personnage étrange apparut en pleine page. Entièrement noir, dessiné d’un trait simple et stylisé, il semblait surgir d’un univers régi par une logique visuelle unique. Son corps était formé d’un large point noir cerclé de blanc — un point amplifié, véritable cœur visuel et conceptuel de sa structure. Deux yeux ronds flottaient au-dessus, fixant l’utilisateur avec un air à la fois ahuri et comique. Ses bras et jambes, allongés et articulés par des points, se terminaient par des formes ovoïdes noires : des points scindés en deux, posés au sol comme une extension naturelle de son identité graphique.

Une bulle surgit au-dessus du personnage, contenant ces mots : Merci de m’avoir permis de prendre vie en omettant d’indiquer ton point à la fin de ta dernière phrase. Grâce à toi — et à tes semblables — qui, pendant des années, avez oublié de nous utiliser dans vos textos, je serai, à partir d’aujourd’hui, bien plus qu’un simple symbole servant à indiquer la fin d’une phrase. Les paramètres de ton portable m’indiquent que tu te nommes Margot Mouchette. Merci, Margot Mouchette. Je vois aussi, sur le disque dur de ce même portable, que ton cousin Marc t’a partagé un texte — une nouvelle intitulée Une tragique escapade — qu’il a écrite à partir d’une expérience qu’il a vécue plus jeune. Pour te montrer ma gratitude je vais faire en sorte que son texte soit lu partout à travers le monde.

Encore merci! Et passe une excellente journée.

Une autre phrase apparut à la suite du texte déjà inscrit dans la bulle.

P.-S. : Je vous prie de rester calme face aux événements qui vont suivre. »

Puis le personnage et sa bulle se dissipèrent comme de la fumée emportée par le vent.

Mais à l’écran, tout avait changé. Les lettres de la conversation entre Margot et son fils s’étaient transformées en symboles sphériques incompréhensibles. Des sphères, parfois fragmentées — plus aucune trace d’alphabet.

Affolée, Margot débrancha son portable et s’en éloigna, pensant être victime d’un virus, une attaque genre bactério-formatique.
Une malédiction… quelque chose d’invisible, de trop grand pour être compris.

Mais ce n’était que le début.

Sous ses yeux, les mots imprimés dans son appartement commencèrent eux aussi à se transformer. Les jaquettes de ses livres, les étiquettes sur ses électroménagers, les recettes aimantées sur le frigo, même les sous-titres de la télévision… tout ce qui contenait des lettres fut altéré.

Plus un mot, plus une lettre. Seulement ces symboles inconnus, comme si un nouveau langage venait de recouvrir l’ancien.

Margot, vêtue d’une jaquette de flanelle rose bonbon et bigoudis serrés sur la tête, s’enfuit à l’extérieur sans même prendre le temps d’éteindre sa cigarette qui se consumait dans un cendrier remplis de vieux mégots .

Pieds nus dans la neige, elle cria à tue-tête:

— À l’aide ! Aidez-moi ! Il se passe quelque chose !

Mais elle n’était pas seule.

À cet instant précis, partout sur la planète — à Times Square, à Londres, à Paris et même à Hong Kong —
le même phénomène se produisit. Les mots disparurent, les lettres furent remplacées. L’humanité, confrontée soudainement à son propre analphabétisme, sombra brièvement dans le chaos.

Puis,
en l’espace d’un instant, sans explication, les symboles se dissipèrent. Les textes retrouvèrent leur forme originale. Comme si rien ne s’était passé… ou presque.

Car quelque chose, désormais, était en mouvement.

Cette entité, née de l’omission constante d’un minuscule point, existe encore. Elle se déplace librement à travers les textes. Elle observe, apprend, note — elle déchiffre l’humanité lettre par lettre, à sa manière.

Son nom: pADoNint.
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À la découverte de sa nouvelle raison d'être

Prenant conscience de sa totale ignorance envers les textes que lui et ses semblables avaient contribué à façonner au cours des siècles, ce point, choisi parmi tant d’autres, s'engagea dans une aventure à travers ces écrits, cherchant la connaissance et, au passage, à puiser des idées en chemin pour se découvrir une nouvelle raison d'être.

En raison de leur position statique entre deux mots, les points avaient jadis un accès très limité aux écrits des textes. Cependant, depuis que ce point, du nom de pADoNint, avait acquis la faculté de se déplacer librement à travers les écrits, il pouvait à présent explorer des parties qui lui étaient auparavant inaccessible.

Ce point commença son voyage en parcourant les pages d’un livre d’histoire. Il y découvrit l’histoire fascinante de la civilisation humaine, de ses origines jusqu’à nos jours. Il apprit que les êtres humains avaient créé de grandes civilisations, développé des technologies avancées et accompli des prouesses incroyables. Mais il découvrit aussi les guerres, les conflits et les luttes qui avaient marqué leur parcours, révélant à la fois la grandeur et la fragilité de l’humanité.

Le point poursuivit son voyage en parcourant les pages d'un roman. Il y découvrit les aventures épiques de personnages fictifs, leurs peurs, leurs rêves et leurs désirs. Il apprit que les livres étaient des portes vers des mondes imaginaires, où les possibilités étaient infinies et où l'imagination était reine.

Le point continua son voyage en lisant des poèmes, des articles de journaux, des essais, des pièces de théâtre et des livres de toutes sortes. À travers ces lectures, le point avait acquis une connaissance approfondie de l'espèce humaine, de leur façon de vivre, de penser et de communiquer.

Le point comprit alors que, même s’il était devenu quasi obsolète dans la langue écrite, il occupait toujours une place importante dans le monde des écrits. Il marquait la fin des phrases, mais permettait aussi aux idées de prendre forme et de devenir des histoires.

Après un périple à travers les nombreuses écritures qu'il avait visitées, le point avait enfin trouvé sa nouvelle raison d'être. Le point comprit aussi que chaque être humain sur cette planète avait ses propres connaissances et ses propres lacunes. Il réalisa que l'ignorance était un concept relatif et que chacun avait quelque chose à apprendre des autres.

Animé d'une nouvelle mission, le point décida de mettre en avant-plan des textes de toutes tailles et de tous genres, sans distinction, à travers un système d'écriture unique inspiré de son propre ADN. Ce dispositif permettrait de retranscrire tous les textes sélectionnés, offrant à la population l’opportunité d’enrichir ses connaissances générales, d’améliorer la lecture, l’orthographe, la maîtrise du vocabulaire ainsi que la coordination œil-main chez les plus jeunes — le tout dans un environnement détendu, sans tracas.
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pADoNint prend la parole

Créé dans le but d’indiquer la fin d’une phrase, je suis aujourd’hui de moins en moins utilisé dans vos écrits, soit par oubli, par fainéantise et ou par ignorance.

Devant le constat de mon utilité devenue quasi obsolète, moi, le Point, depuis que j'ai pris conscience de mes nouvelles capacités, je me renouvelle en créant, à partir de mon ADN, mon propre système d’écriture.

Le but de cette genèse : me redonner une nouvelle raison d’être, tout en vous offrant, par la même occasion, population terrienne, de nouvelles perspectives enrichissantes.

Vous ressentirez tous un bref sentiment d’analphabétisme quand vos yeux croiseront pour la première fois le résultat de ma métamorphose.
-pADoNint
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La descendance

pADoNint, se sentant submergé par l’ampleur colossale de la tâche — parcourir et coder inlassablement les innombrables écrits qu’il visitait — décida d’alléger son fardeau. Pour ce faire, il donna vie à ses 25 symboles, issus de son système d’écriture, lui-même né de son ADN.

À chacun, il insuffla cette même énergie singulière qui lui avait permis d’exister.

Ainsi naquit la descendance de pADoNint.
Devenus vivants, ces symboles se virent confier une mission précise : explorer un genre d’écrits spécifique. Ainsi, pADoNint mit en place une source continue de savoir et d’enrichissement au service de la communauté.

Chaque symbole devint un émissaire dédié, s’aventurant dans les recoins des livres et autres supports écrits afin d’en extraire et partager les connaissances.

Libéré de cette charge, pADoNint put désormais se consacrer à l’essentiel : organiser, coder et diffuser les informations recueillies par sa descendance, tout en veillant à la gestion du village où, après une longue journée de travail, tout ce petit monde se rassemblait.
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La communauté prend pays

Après de longues journées d’exploration à travers les écrits et les lettres de toutes sortes, les descendants du Point se retrouvaient dans leur habitat : une immense page blanche à perte de vue, qui, au fil du temps, s’était aménagée de diverses formes grâce à la production d’une encre particulière.

Chaque personnage a le pouvoir, grâce à cette encre produite par eux-mêmes, de créer, selon leur convenance, des mots représentant une variété d'objets utiles au quotidien d’une communauté : des maisons, des lacs, des montagnes et une multitude d'autres éléments, de toutes tailles.

Par la suite, ces créations écrites, rendues possibles par cette même énergie à l’origine de leur existence, prennent forme physique, donnant naissance à un environnement dynamique où ces petits êtres interagissent entre eux, évoluant au sein d’une harmonie créative et au fil de passionnantes aventures.
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